Le lâcher-prise
Perdre ou donner le contrôle ?
La chasteté masculine, surtout quand elle utilise une cage de chasteté, est une pratique de contrôle. On voit d’ailleurs souvent le sigle CMC, pour chasteté masculine contrôlée. Mais dans notre quotidien avec mon mari, c’est plutôt la notion de lâcher-prise qui revient le plus souvent dans ma tête, davantage que le contrôle.
Lâcher-prise pour lui évidemment, sur ses orgasmes qu’il me confie. Mais aussi un peu pour moi, comme nous allons le voir.
Libéré par la cage
Si le lâcher-prise consiste à se détacher du désir de maîtrise, il me semble que c’est une très bonne chose que les hommes le travaillent davantage. Sur le sexe, mais pas seulement. Pour un homme qui accepte de porter une cage de chasteté, il s’agit de lâcher prise sur l’illusion de disponibilité permanente, sur la pression de la performance, sur la petite voix des clichés qui murmure qu’il faudrait toujours avoir envie et toujours être prêt.
Quand un homme renonce à avoir des orgasmes quand il veut, il se rend compte à quel point il n’était pas vraiment aux commandes. Le pénis, une fois en cage, est enfin dompté et cesse de dicter sa loi. En renonçant à maîtriser sa sexualité, l’homme se rend compte que c’était en fait sa sexualité qui le dominait.
Les premiers jours en cage de chasteté peuvent être difficiles, surtout quand on débute. Mais sur le plus long terme, au fil des semaines, beaucoup d’hommes (dont le mien) rapportent un sentiment d’apaisement. Comme s’ils déposaient enfin un fardeau qu’ils portaient depuis longtemps sans s’en rendre compte.
Difficile de lâcher prise
Je pense que même si les bienfaits de la chasteté masculine étaient connus de tous, beaucoup d’hommes hésiteraient à se lancer, en se demandant si ça ne finit pas par devenir trop frustrant.
La frustration existe, bien sûr, mais elle fait partie du jeu et elle contribue à transformer l’homme. Comme je disais, il faut s’habituer, mais une fois que c’est fait, c’est une source d’énergie pour l’homme et pour le couple.
Il y a aussi la question récurrente de savoir si lâcher prise, ce n’est pas renoncer à une part de sa virilité. J’ai toujours dit que la virilité ne se mesure pas à la fréquence des orgasmes (surtout masturbatoires), ni à un accès immédiat au plaisir qui est à la portée de n’importe qui.
Je trouve beaucoup plus viril de savoir attendre et de contrôler son désir sans le consommer dès qu’il apparaît. Surtout dans une société de l’immédiateté comme la nôtre. D’ailleurs, j’ai vu mon mari gagner en assurance au fil du temps, pas en perdre.
Enfin, il y a aussi le lâcher-prise émotionnel qui est peut-être encore plus difficile pour beaucoup d’hommes. Accepter la chasteté masculine met souvent en lumière des choses auxquelles on évitait de penser : peurs, jalousies, besoins de reconnaissance…
La cage agit comme un révélateur. Des choses qui allaient de soi, comme pouvoir relâcher la tension par l’onanisme, ne sont plus possibles. Et ça demande donc de grandir pour trouver d’autres moyens de faire face à ses frustrations.
Toutes ces raisons font que mon mari, depuis qu’il porte la cage de chasteté, est plus vulnérable, mais aussi plus proche de moi. La chasteté a renforcé ce sentiment d’être un couple qui choisit de s’engager dans la même voie ensemble.
Contrôle ou lâcher-prise
Quand Guillaume me confie les clés, il renonce au contrôle pour me le donner. Est-ce qu’il lâche prise en reportant toute la charge mentale sur moi ? Ce n’est pas le cas, et je voulais en parler parce que beaucoup de femmes peuvent être réticentes à garder les clés de leur homme parce qu’elles sentent instinctivement que ça risque de leur donner du travail en plus.
En fait, tout ne repose pas sur mes épaules, loin s’en faut. Guillaume gère lui-même beaucoup d’aspects techniques dont je n’ai pas du tout à m’occuper. Et finalement, la seule chose que j’ai à décider toute seule, c’est quand le libérer. Au quotidien, la clé se fait gentiment oublier et je n’y pense pas toutes les 45 minutes (fréquence à laquelle les hommes pensent au sexe). Bref, la chasteté existe en continu mais elle n’envahit pas l’instant.
Au début, je cherchais des règles claires : combien de jours, selon quels critères le libérer ? Certains créent des systèmes de points qui font penser au barème pour la mutation des enseignants. Mais cette volonté de tout cadrer risque de nous éloigner de l’essentiel. Quand on garde les clés, il faut se laisser la liberté de décider sans raison précise. Cette souplesse est rassurante pour lui, car il sait que je suis attentive à lui sans me reposer sur un score ou sur le calendrier.
Au travail, j’aime bien être organisée, arriver préparée aux réunions. Je fais des plannings pour les vacances… Mais certaines choses ne devraient pas se planifier. Il y a un besoin de lâcher-prise aussi de la part de celle qui garde les clés, bien loin des clichés de la dominatrice maniaque du contrôle.
Et tout n’a pas besoin d’être cadré et solennel dans la chasteté masculine. Certains aiment les rituels, et j’avoue avoir un faible pour le moment où mon mari me donne les clés. Mais parfois, ça fait du bien aussi d’aller au plus simple et au plus spontané.
De toutes façons, la chasteté est toujours en mouvement, comme le couple. Les sensations de l’homme en cage ne sont pas figées mais varient d’un moment à l’autre. Il y a des jours où Guillaume oublie même qu’il porte la cage. Lâcher prise aide à accepter ces variations en regardant le long terme.
Pour lui, il s’agit de remettre une part de contrôle entre mes mains. Pour moi, il s’agit de ne pas trop m’accrocher à ce contrôle. Après tout, le contrôle n’exclut pas la confiance, surtout dans un couple qui s’aime.


